Mes blessures auraient-elles façonné ma mission ?

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« Raïssa, avec toi, on peut te planter un couteau dans le dos autant qu’on veut; on sait que si on revient vers toi, tu nous prendras toujours dans tes bras. »

C’est ce qu’une amie de très longue date m’a dit en 2016.  Bien que cette phrase ait été dite pour souligner la facilité que j’ai à pardonner, elle révélait une réalité inquiétante : l’absence de limites dans la gestion de mes relations. 

Mes cicatrices auraient-elles dicté ma mission ?
Lors du tournage d’un épisode de Raï&Co.

Récemment, un challenge a circulé sur les réseaux sociaux, invitant chacun à se replonger en 2016. Sans le vouloir, cela m’a forcée à faire une introspection sur les dix dernières années de ma vie.

En 2016, je pensais encore les plaies d’une rupture amoureuse qui m’avait fait grandir. C’est à cette époque que j’ai compris, dans la douleur, cette fameuse théorie selon laquelle les hommes viennent de Mars et les femmes de Vénus. Mais surtout, j’apprenais à me reconstruire, à trouver ma réelle identité. 

Les déceptions, les trahisons, les injustices m’ont façonnée au fil des années.

Ce que j’ai traversé, autant avec certains membres de ma famille que dans mes amitiés, a fait naître en moi un besoin presque viscéral de défendre ce qui est juste, comme si ma vie en dépendait. Il ne s’agit pas seulement de me défendre moi; mais de prendre fait et cause pour toute personne traitée injustement sous mes yeux.

D’ailleurs, une de mes tantes m’a d’ailleurs dit un jour, à moitié sérieuse, à moitié amusée, que j’avais raté ma vocation : « Toi là, tu aurais dû être avocate ». Et quand j’y repense, ce n’est pas si absurde. Les pièces de théâtre que j’écrivais enfant (pour l’école) mettaient toujours en scène un juge… et devinez qui jouait toujours ce rôle ? Moi.

J’ai toujours détesté voir l’injustice à l’œuvre.

Les fausses accusations, le harcèlement, les insultes, les humiliations sont des choses que je ne tolère pas autour de moi. Peut-être parce que je sais trop bien ce que cela fait.

Enfant, j’étais de ceux qu’on harcelait à l’école. Je me souviens encore très nettement du jour où ma mère a découvert des insultes écrites par mes camarades dans mon cahier. Ce jour-là, elle a décidé que toute cette humiliation devait s’arrêter. Je me souviens encore de son short gris-noir qu’elle a enfilé, puis de son pagne qu’elle attacha par-dessus. Avec une force silencieuse qu’ont les mères quand leur colère monte, elle me prit par la main et me demanda de lui citer toutes celles-là qui me faisaient subir cela. Elle me traîna chez chacune d’elles, une à une, pour parler à leurs parents.

À cette époque, je ne savais pas me défendre. Je subissais. J’étais presque amorphe. Et je me souviens d’une amie qui prenait toujours ma défense, quitte à se mettre tout le monde à dos. Pour cela, je lui serai toujours reconnaissante.

En grandissant, je me suis retrouvée dans un cercle familial où les fausses accusations étaient quasiment monnaie courante. On m’accusait ou me reprochait des choses qui n’avaient pas lieu d’être… Ce qui me blessait le plus, ce n’était pas tant ce qui se disait de moi, mais plus le fait que ces paroles étaient crues par l’auditoire qu’elles trouvaient. Personne ne venait jamais me demander ma version des faits. Ce qui était dit sur moi, était la vérité. Rien que la vérité. 

À force d’accumuler les accusations et les injustices, un jour, mon cœur a explosé. Il a donné naissance à une version de moi aussi explosive qu’une bombe dont on aurait trop longtemps retardé la détonation.

2019 a été l’année du coup de massue.

Comment réagiriez-vous si quelqu’un vous disait : « Dieu m’a montré que tu étais jalouse de moi, et je sais que je n’ai pas affabulé ».. Surtout lorsque ces mots viennent d’une personne pour qui vous aviez une profonde affection..et surtout, d’une personne qui est censée vous connaître à minima…

Cette accusation a été la goutte d’eau qui a fait déborder le fleuve. Elle a créé en moi des blessures profondes qui, je l’avoue, m’ont énormément changée. Et mon entourage proche qui m’a connu avant 2019 a été témoin de cette métamorphose.. Car depuis, le désir de justice a germé dans mon cœur comme un poux qui s’installe et contamine mèche après mèche. Mais

A ce moment-là, je suis devenue une personne enragée, prête à démarrer au quart de tour au moindre soupçon de fausse accusation. Une personne qui ne veut plus laisser personne parler d’elle n’importe comment. J’ai nourri une soif de justice qui m’a rendue presque aigrie… jusqu’au jour où Dieu m’a rappelé ceci :

« Même si les gens ne réalisent jamais qu’ils ont été injustes envers toi, tu dois faire la paix avec cela et continuer d’avancer. »

J’aime les gens, profondément.

Mais la femme douce que j’étais est devenue impulsive (un peu moins aujourd’hui par rapport aux années précédentes). J’en ai voulu à Dieu de laisser circuler des calomnies alors qu’Il connaissait les profondeurs de mon cœur. C’est aussi ce qui m’a poussée à écrire Demain nous attend / When Tomorrow Breaks en 2020. Écrire était ma façon de reprendre la parole, de speak up. J’ai accepté d’entrer en thérapie… l’un des exercices les plus difficiles que mon âme ait eu à faire.

Nous sommes le 28 janvier 2026, et j’écris ces lignes avec lucidité. Est-ce que mon désir de justice a changé ? Non. Est-ce que je défends encore des gens qui ne m’ont rien demandé ? Oui. Est-ce que je me mets facilement sur la défensive quand je me sens faussement accusée ? Ça arrive quelques fois. Peut-être que finalement cela fait partie de mon purpose : parler quand les autres sont muselés ? Ou peut-être, lorsque le sujet me concerne, devrais-je apprendre à laisser Dieu parler pour moi, au lieu de vouloir toujours Le devancer… Et je sais que là se trouve la clé…la clé de la sagesse et de la paix.

Mais ce que dont je suis sûre aujourd’hui, c’est ceci : n’essayez pas de me planter un couteau dans le dos. Car cette fois, je vous éviterai (et repousserai) comme une ordure oubliée trop longtemps au soleil et tout cela….dans l’amour du Christ 🙃

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